
©️Crédit Photo : Jean Chiscano
Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ? Quel est votre parcours académique puis professionnel ?
Je suis journaliste depuis une trentaine d’années. J’ai d’abord travaillé pendant douze ans en presse économique, puis seize ans à L’Express, où j’ai occupé plusieurs postes de rédaction en chef. J’y ai notamment codirigé le service Economie et piloté des hors-séries liés à la mobilité professionnelle, à l’entrepreneuriat, et au business. Ensuite, j’ai rejoint le groupe Bayard en tant que rédactrice en chef de l’hebdomadaire Le Pèlerin. En parallèle, en octobre 2021, j’ai participé au lancement de ViveS Media, premier média 100% digital du groupe Bayard, dédié à l’indépendance économique et financière des femmes. Mon parcours est marqué par un intérêt constant pour l’économie sociale et solidaire, le développement durable, les politiques de lutte contre les inégalités et la place des femmes dans l’économie. Côté académique, je suis diplômée de Sciences Po Grenoble et d’un DEA en sciences politiques, ainsi que de l’Ecole supérieure de Journalisme de Lille. J’ai aussi suivi, il y a quelques années, une spécialisation en management de l’édition à l’ESCP.
Vous avez un parcours riche dans les médias et vous avez notamment participé au lancement de ViveS Media, un média dédié aux femmes et à l’entrepreneuriat.
Qu’est-ce qui vous a motivée à vous engager sur ces thématiques ?
Force est de constater que les femmes sont plus fragiles économiquement. Elles subissent encore des inégalités de salaires et au moment de la retraite elles perçoivent des pensions en moyenne 40 % inférieures à celles des hommes. Les femmes travaillent plus souvent à temps partiel et sont souvent impactées par des interruptions de carrière liées à la maternité ou à l’accompagnement de proches vieillissants. ViveS Media vise à sensibiliser sur ces enjeux financiers et à inciter à l’action pour que les femmes gagnent en autonomie économique. L’entrepreneuriat fait partie des leviers d’autonomisation, et le microcrédit, notamment, a prouvé son efficacité en permettant aux femmes de créer des activités bénéfiques pour elles et leurs communautés.
Pourquoi avoir rejoint le comité scientifique de l’Institut Maria Nowak ? En quoi cet engagement s’inscrit-il dans la continuité de votre travail avec ViveS Media ?
J’ai toujours eu une grande admiration pour Maria Nowak et j’ai suivi avec attention l’introduction du microcrédit en France. J’ai été très honorée d’être sollicitée pour rejoindre le comité scientifique du tout nouvel Institut Maria Nowak. Mon intérêt pour l’entrepreneuriat solidaire et la lutte contre les inégalités s’aligne parfaitement avec les objectifs de l’Institut Maria Nowak. Pour moi, l’entrepreneuriat populaire représente une alternative à la vision dominante de la Startup Nation. Il s’agit de permettre à des individus issus de milieux modestes ou peu familiers de l’entrepreneuriat de créer une activité qui leur ressemble et de contribuer à une société plus inclusive.
En 2022, 44% des nouvelles entreprises ont été créées par des femmes. Selon vous, quelles sont les principales barrières structurelles qui freinent encore les femmes dans leur parcours entrepreneurial ?
Les freins principaux sont le poids des stéréotypes, l’accès plus difficile au financement, et le moindre recours aux réseaux d’accompagnement. De plus, le monde économique reste encore largement façonné par des normes masculines. Les femmes ont aussi tendance à sous-évaluer leurs besoins financiers, ce qui complique encore leur capacité à développer des projets ambitieux. Enfin, l’entrepreneuriat s’impose parfois comme une solution par défaut, ce qui peut poser problème si les femmes ne bénéficient pas d’un accompagnement adapté.
Atteindre une proportion de 50% de femmes parmi les entrepreneurs suffirait-il à démontrer que ces inégalités sont résolues ?
Non, ce n’est pas seulement un enjeu quantitatif. Il faut analyser des éléments comme la pérennité des entreprises, leur capacité à générer des emplois ou encore le niveau de rémunération des entrepreneuses. Les entreprises fondées par des femmes sont tout aussi solides que celles des hommes, mais elles souffrent encore d’un accès limité aux financements et aux marchés publics. L’objectif doit être d’offrir les mêmes chances de réussite aux femmes qu’aux hommes.
Dans un article de ViveS Media, vous écrivez « En France les rôles modèles mis en avant sont souvent issus de grandes villes, de grandes écoles et ont crée de grandes entreprises : ils reflètent finalement des règles masculines de l’entrepreneuriat et cela ne contribue pas à encourager des femmes vivant dans des zones moins favorisées, banlieues, campagnes, villes moyennes etc. »
Pourriez-vous nous en dire plus sur cette observation ?
Les règles économiques actuelles ont été majoritairement conçues par des hommes et sont adaptées à leur vision de l’entrepreneuriat. Cela crée un modèle d’entrepreneur type, souvent éloigné des réalités de nombreuses femmes. Il est crucial de promouvoir des rôles modèles diversifiés, montrant que des femmes de tous horizons sociaux, géographiques, culturels peuvent entreprendre et réussir. Cela passe aussi par la mise en lumière d’approches différentes de la réussite, à travers des notions telles que l’impact social ou local.
Sur quoi la recherche de l’Institut devrait-elle se concentrer pour être utile pour l’entrepreneuriat des femmes ?
La recherche devrait s’intéresser à des sujets comme la rémunération des micro-entrepreneuses, qui reste un enjeu crucial pour éviter la précarisation. Il est également essentiel d’explorer les moyens de renforcer l’accompagnement et l’accès au financement pour les femmes. Enfin, il faut travailler à promouvoir une diversité de modèles entrepreneuriaux, en valorisant des trajectoires inspirantes et des approches innovantes qui correspondent aux aspirations réelles des entrepreneuses.